"Remettre l'humain au centre des organisations"
Entretien avec Michel Yahiel,
Propos recueillis par François Desriaux
Santé & Travail n° 071 - juillet 2010
Pour Michel Yahiel, président de l'Association nationale des directeurs des ressources humaines, la santé et le bien-être des salariés restent la clé d'un nouvel équilibre entre progrès social et performance économique.
L'Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), que vous présidez, a organisé une table ronde sur la santé au travail lors de ses assises 2010. Pourquoi?
Michel Yahiel: L'actualité sociale nous y conviait, compte tenu du véritable traumatisme qu'a créé, dans le pays mais aussi bien sûr au sein de la profession, la série de drames chez France Télécom. L'irruption des risques psychosociaux sur la scène nationale ne nous a cependant pas surpris, puisque la commission "stress au travail" de l'association est déjà active sur ces questions depuis plus de trois ans. Au-delà, notre souci était de promouvoir une approche globale de la santé et du bien-être au travail, qui constitue pour nous une clé de l'équilibre fondamental entre progrès social et performance économique. Ensuite, nous devrons, dans le même esprit d'ouverture, en direction des partenaires sociaux, des experts, des pouvoirs publics, nous demander: l'entreprise, jusqu'où? Au passage, n'oublions pas les trois fonctions publiques, dont l'Etat, qui n'est pas nécessairement très en avance sur ces questions pour ses propres agents…
Certaines méthodes de management - mode projet, évaluation individuelle, mobilité forcée - ne contribuent-elles pas à la perte de sens du travail et à la fin des collectifs?
M. Y.: Sans doute, l'inverse étant aussi vrai, car les entreprises et le travail sont autant traversés par les évolutions sociales qu'ils les conditionnent en retour. Il est vrai que l'excès d'individualisation, qui est d'ailleurs allé de pair avec la financiarisation excessive de l'économie, a, comme cette dernière tendance, trouvé ses limites. L'essentiel est que la prise de conscience gagne du terrain.
De même, qu'on le veuille ou non, les générations montantes n'ont pas le même rapport au travail que leurs devancières, qui elles-mêmes avaient beaucoup évolué par rapport aux précédentes. Chacun intègre aujourd'hui, même les jeunes cadres les plus brillants, qu'il y a une vie en dehors du travail, ce qui me semble plutôt heureux. Symétriquement, la plupart des employeurs ont compris qu'un salarié "bien dans sa peau" était plus efficace. J'ajouterai, sans esprit de contradiction, que la souffrance du chômage ne doit pas non plus quitter nos esprits, surtout dans une période où la population sans emploi a considérablement augmenté.
L'ANDRH encourage-t-elle la mise en oeuvre de modes de management plus respectueux de la santé au travail?
M. Y.: Bien sûr. En matière de prévention des risques psychosociaux, nous avons déjà publié des propositions qui placent le management au coeur des priorités, dans la mesure où le principal enjeu nous semble être la reconnaissance des salariés. Il faut former les cadres, les sensibiliser, mais aussi les évaluer sur ce registre.
Remettre "l'humain" au centre des organisations est à nos yeux une préoccupation constante, qui semble être aujourd'hui mieux partagée par les décideurs. Lors de nos assises nationales, nous avons par exemple mis en avant non seulement le thème de la santé, qui relève de cette approche, mais aussi celui de l'engagement des salariés, qui vise à la fois à redonner du sens ou davantage de sens au travail et à retisser des liens plus étroits entre l'individuel, la personne au travail, et le collectif, trop souvent en déshérence.
Par ailleurs, des questions fondamentales restent évidemment pendantes dans le domaine plus "classique" des conditions de travail, ce qui renvoie au débat sans fin sur la pénibilité: travail de nuit, travail posté, exposition au bruit… Les sujets ne manquent pas.?
Article issu du dossier Pour une gestion plus humaine des ressources
Entretien avec Michel Yahiel,
Propos recueillis par François Desriaux
Santé & Travail n° 071 - juillet 2010
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