
Rente
Initialement, désignait un revenu fixe sans risque versé pour une durée déterminée ou à vie en contrepartie d'un placement (titres de rente), de la cession d'un bien immobilier (rente viagère) ou d'un service rendu. Le rentier est donc celui qui vit de ce revenu sans risque. Progressivement, le terme en est venu à désigner également un revenu sans contrepartie en termes de travail, d'intelligence ou de mérite d'une personne ou d'une organisation, mais en fonction de sa situation sur le marché (rente de monopole), de la possession d'une ressource naturelle que le marché valorise fortement du fait de sa rareté (rente foncière, rente pétrolière) ou d'une position particulière (rente de situation). En agriculture, on parle de rente différentielle pour désigner le fait que, à égalité de soins culturaux, certains terrains rapportent plus que d'autres, tandis que la culture de rente désigne les revenus issus de productions destinées à l'exportation et mieux valorisées que celles destinées à la demande locale. Commentaire: Keynes, dans un passage célèbre de La théorie générale, parle de «l'euthanasie des rentiers» pour désigner le fait que l'inflation ampute d'autant le montant de la rente, puisque le capital financier initial voit sa valeur se déprécier au rythme de l'inflation. C'est grâce à cette euthanasie des rentiers que des générations d'emprunteurs ont pu s'enrichir, le coût réel de l'emprunt (c'est-à-dire son montant après déduction de l'inflation) ne cessant de s'amenuiser sans que les rentiers soient en position de se prémunir contre ce risque d'appauvrissement par une hausse des taux d'intérêt. Dans le langage financier, la rente désigne aussi le revenu d'un placement à très long terme et à taux d'intérêt fixe. Ainsi, on parle de la rente Pinay pour désigner l'emprunt à 3,5% d'intérêt exonéré d'impôts (y compris de droits de succession) d'une durée d'amortissement de cinquante ans. La rente perpétuelle désignait, de la même façon, les titres du Trésor émis à 2,5% ou 3% d'intérêt au siècle dernier (et jusqu'en 1910) et qui avaient la particularité de n'être pas remboursables: leur revenu était donc perpétuel. La grande inflation, commencée dans les années1920 et qui a duré plus de soixante ans, a réduit à néant la valeur de ces placements qui, à la Belle Epoque, représentaient l'essentiel de la fortune des classes dominantes.
Date de mise à jour : 22/01/2010
A lire également: «Les théories de la rente», Alternatives Economiques n°279, avril2009. - cliquez ici. Denis Clerc, «Malédiction», Alternatives Economiques n°246, avril2006. - cliquez ici. Denis Clerc, «Théorie: une socialisation des terres aux trois saveurs», Alternatives Economiques n°205, juillet2002. - cliquez ici.
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