Champs magnétiques de très basse fréquence : peut-être cancérogènes mais pas tout à fait
Le Circ vient de classer les champs magnétiques d'extrêmement basse fréquence comme cancérogènes possibles. Avec un bémol. Le seul lien qui a pu être établi entre exposition et effet sur la santé concerne la leucémie infantile. Les études en milieu de travail ne permettent pas de trancher en ce sens pour d'autres cancers et pour les adultes.
Les champs magnétiques dits "d'extrêmement basse fréquence" ou EBF (50 hertz en Europe) viennent d'être classés dans la catégorie des cancérogènes possibles par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Ils intègrent donc le groupe 2B de l'échelle du Circ. Ce classement, annoncé dans une publication de jan vier 2002, est le fruit d'une revue approfondie des études expérimentales et épidémiologiques réalisées depuis une trentaine d'années sur ce type de rayonnements non ionisants.
Le groupe d'experts internationaux chargé de cette revue a également livré ses conclusions concernant les effets cancérogènes des champs électriques EBF et ceux des champs magnétiques et électriques statiques. De leur point de vue, ces rayonnements ne peuvent pas être classés quant à leurs effets cancérogènes chez l'homme. Ils intègrent donc le groupe 3.
Que sont les champs magnétiques EBF? Ils peuvent être d'origine natu relle ou provenir d'appareils et d'équipements électriques. Dans ce dernier cas, ils sont produits par le passage du courant électrique. La production, le transport, la distribution ou l'utilisation du courant électrique génèrent ainsi de multiples expositions à des rayonnements magnétiques EBF. Il est donc déterminant d'évaluer leurs effets éventuels sur la santé, en milieu de travail ou dans l'environnement en général. Si l'on consi dère toutes les recherches épidémiologiques répertoriées sur les rayonnements non ionisants, ce sont les champs magnétiques qui ont été les plus étudiés. En effet, à l'inverse des champs électriques qui sont modifiés par la présence d'objets conducteurs, les champs magnétiques EBF traversent la plupart des structures et sont donc plus aisément quantifiables.
Quelles doivent être les conséquences pratiques de cette nouvelle publication du Circ en milieu de travail? Faut-il dorénavant considérer que des expositions professionnelles élevées aux champs magnétiques EBF entraînent une augmentation potentielle du risque de cancer? Si l'on y regarde de plus près, cette inquiétude doit être relativisée.
Les enfants d'abord
Il faut examiner les raisons qui ont conduit les experts à classer ces champs ma gnétiques dans le groupe 2B. Les études répertoriées étaient soit des études expérimentales chez l'animal, soit des études épidémiologiques chez l'homme. Et elles n'aboutissaient pas toutes aux mêmes conclusions. Chez l'animal, les experts n'ont pu conclure à un effet cancérogène des champs magnétiques EBF, faute de preuves suffisantes apportées par les études expérimentales (inadequate evidence). Chez l'homme, il faut distinguer les études épidémiologiques en fonction du type de cancer examiné. Ainsi, les experts ont conclu à l'existence d'éléments limités en faveur d'un effet cancérogène des champs magnétiques EBF sur la leucémie de l'enfant (limited evidence). En revan che, l'absence d'éléments ap propriés ne leur a pas permis d'incriminer les champs magnétiques EBF dans l'apparition de toutes les autres formes de cancer (inadequate evidence). Leur classement en groupe 2B repose donc essentiellement sur la conclusion des experts concernant la leucémie de l'enfant. Pour l'essentiel, cette conclusion provient d'une ana -lyse publiée récemment (Ahlbom 2000). Cette dernière regroupait les données des principales études effectuées sur les leucémies infantiles où l'exposition aux champs magnétiques EBF avait été évaluée. Ses auteurs ont observé un risque de leucémie multiplié par deux chez les enfants ex posés à au moins 0,4 mi crotesla (µT), en rapport avec la proximité de lignes électriques. Ce seuil correspond à une exposition élevée. A l'inverse, aucune augmentation du risque n'était obser vée pour des expositions inférieures.
Thésauriser les expositions
Dans le cadre de l'évaluation des risques, les médecins du travail et les élus de CHSCT devraient demander à l'employeur d'identifier les postes de travail exposant à des champs magnétiques significatifs supérieurs à 0,4 microtesla (µT). A charge pour les médecins du travail de thésauriser dans les dossiers médicaux individuels - via des fiches collectives de poste, partie intégrante de leur fiche d'entreprise - les informations concernant le niveau de champ magnétique et le temps d'exposition. Des dosimètres individuels existent mais sont d'un maniement délicat et peu accessibles. Il faut donc mesurer le champ instantané au poste de travail.
Pour les réseaux électriques, le champ magnétique décroît comme l'inverse du carré de la distance, mais ce à une certaine distance de la ligne électrique en fonction de ses dimensions géométriques. Pour les sources "localisées", matériel électroménager ou gros matériel industriel, le champ décroît cette fois comme l'inverse du cube de la distance, mais ce à partir d'une distance égale à la taille de l'objet. En pratique, à 2 mètres des appareils électroménagers on ne mesure quasiment plus rien. A titre d'exemple, on peut trouver 80µT à 50 cm d'un poste de soudure, 15 à 70 µT dans des locaux électriques (postes transformateurs, redresseurs), mais 1 500 µT à proximité d'un chauffe-roulement à induction.
Pour information, les industriels, concernant les champs magnétiques EBF, prennent en compte des limites applicables de 500 µT en permanence pour les travailleurs (norme Irpa).
Si ces résultats chez l'enfant ont conduit les ex perts du Circ à considérer glo balement les champs ma gné tiques EBF com me des can cérogènes possi bles, il serait hasardeux d'extrapoler ces con clusions à d'au tres types de tumeur, en par ticulier chez l'adulte. Certains postes de travail sont connuspour exposer les salariés à deschamps magnétiques EBF im portants, à des niveaux pouvant aisément dépasser le seuil de 0,4 µT incriminé chez l'enfant. C'est le cas, par exemple, des conducteurs de fours électriques, des travailleurs dans les postes de répartition électrique, des monteurs de lignes, des conduc teurs de train sur lignes électrifiées, des soudeurs à l'arc, etc. En revanche, dans la plupart des autres professions, on ne dispose que de don nées métrologiques très fragmentaires.
Manque de données professionnelles
L'extrême variabilité des expositions d'un lieu à l'autre ou d'un instant à l'autre en milieu professionnel complique la mise au point d'une typologie. C'est à cette difficulté que se sont heurtées les études épidémiologiques qui visaient à mettre en relation les expositions professionnelles aux champs EBF et le risque de cancer. Com me indiqué dans la publication du Circ, plusieurs études de taille importante ont été réalisées depuis les années 1990 sur le sujet. Leurs résultats sont globalement rassurants, même s'ils ne permettent pas d'apporter de réponse défi nitive du fait de leurs divergences. Malheureu sement, en l'état actuel des connaissances sur les mécanismes d'action et faute de pouvoir tester des hypothèses précises, il est improbable que de nouvelles études épidémiologiques soient en mesure d'apporter des éléments de réponse déterminants.
















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