Courrier des lecteurs de juillet/août 2009
Alternatives Economiques n° 282 - juillet 2009
Le modèle français à l'épreuve de la crise
— juillet 2009 —
Abolissons le capitalisme!
(…) Dans la dernière livraison, vous vous demandez par quoi remplacer le capitalisme. Eh bien, c'est peut-être aux économistes d'y réfléchir et j'ai un début de commencement de piste.Le capitalisme, c'est quoi? Un système économique dans lequel celui qui apporte le capital est propriétaire de l'entreprise et de ce qu'elle produit. Celui qui apporte l'autre facteur de production (le travail) n'a aucun droit de propriété sur ce qu'il produit. Pour avoir autre chose que le capitalisme (par exemple le travail-capitalisme), il suffirait que le travailleur, par son travail, acquière un droit de propriété sur sa production.
Comment y arriver? Tout d'abord, abolir le salariat: personne ne peut vendre sa force de travail à quiconque et personne ne peut payer pour disposer d'un humain et de son temps.
Ensuite, modifier le statut de l'entreprise: l'entreprise serait possédée par l'apporteur de capital (montant du capital apporté) ET par l'apporteur de travail (valeur du travail apporté = valeur de la rémunération du travail). A mesure de leur travail, les travailleurs deviendraient de plus en plus propriétaires de l'entreprise. Si les apporteurs de capitaux n'augmentent pas leur capital et/ou ne travaillent pas, leur part diminuerait à mesure que "s'use" le capital. Si les apporteurs de capitaux travaillent seuls ou travaillent beaucoup, ils gardent une part importante de l'entreprise. Plus ils font appel au travail des autres, plus ceux-ci rentrent dans le capital de l'entreprise (propriété et droit de vote). Le travail est ainsi valorisé à sa valeur réelle: un euro de capital vaut un euro de travail. Ce n'est pas l'accumulation du capital qui fait de la valeur, mais l'accumulation du travail. (…) Les Scop, qui vous sont chères, vont un peu dans ce sens.
Enfin, il serait toujours possible d'être fonctionnaire (un fonctionnaire n'est pas un salarié), c'est-à-dire de travailler pour le service public contre un traitement. Ce mode de travail pourrait être étendu aux associations sans but lucratif. (…)
Dominique Perrin
Les causes des suicides en prison
Je réagis à votre papier sur la surpopulation carcérale (AE n° 281, page 18) et à une phrase en particulier: "La surpopulation des prisons (…) aggrave des conditions de vie déjà exécrables qui poussent au suicide une centaine de prisonniers année après année." (…)Pour avoir travaillé plus de six ans à l'administration pénitentiaire et avoir "visité" (si on peut dire) une soixantaine de prisons, je crois pouvoir dire que ce ne sont pas les conditions de vie matérielle qui, en elles-mêmes, poussent au désespoir et au suicide (…). Ce sont plutôt les conditions humaines d'incarcération qui, de mon point de vue, jouent un rôle déterminant, et en particulier l'encadrement humain, qu'il s'agisse des surveillants (ceux qui ont le plus de contacts directs avec les détenus) ou des autres personnels: socio-éducatifs, de santé, d'éducation, de formation professionnelle, de direction, etc.
La qualité d'un encadrement en prison se mesure certes en nombre: un surveillant débordé, parce que chargé d'un trop grand nombre de détenus, aura du mal à accorder à chacun le minimum d'attention nécessaire. Mais elle dépend aussi beaucoup des qualités personnelles de chacun (il existe, hélas, je peux en témoigner, des fonctionnaires pénitentiaires malfaisants), de la formation que les agents reçoivent, et de la manière dont eux-mêmes sont encadrés. (…)
Les études sur les suicides en prison dont j'ai eu connaissance (…) montraient que, dans un grand nombre de cas, les suicides (ou tentatives) étaient le fait de détenus ayant commis des actes à la réalité desquels ils avaient du mal à faire face (en particulier des crimes ou atteintes sexuels). Ces suicides intervenaient alors souvent soit peu de temps après l'incarcération (celle-ci rendant plus difficile le déni par l'individu de ses actes), soit peu de temps avant, pendant ou peu de temps après le jugement (même remarque).
Dans ce cas, on comprendra sans peine que les conditions matérielles de détention sont très certainement négligeables dans les déterminants d'un acte suicidaire. En revanche, il est bien clair qu'une attention des personnels pénitentiaires à ce genre d'individu, dans ce type de situation, peut être un moyen de prévention(…).
Olivier Guichardaz, ancien responsable du journal interne de l'administration pénitentiaire
L'ethnicité mal traitée
(…) Ce n'est pas la première fois que j'éprouve quelques désaccords avec votre façon de vulgariser les sciences sociales. Il me semble que lorsque vous abordez, dans des articles de fond, des notions ou des problèmes relevant des sciences sociales (sociologie et/ou anthropologie-ethnologie), vous êtes moins soigneux ou moins précis qu'en économie (…) ou encore qu'en histoire.Cette négligence produit des effets malheureux, selon moi. En effet, l'absence de consensus international en matière d'histoire et de définition de la sociologie et de l'anthropologie (ethnologie), encore très soumises à des traditions nationales ou aux domaines et thèmes traités (sociétés amérindiennes, africaines, groupes urbains, églises pentecôtistes, etc), implique une certaine prudence lorsqu'on veut faire le point, comme dans l'article sur la notion d'ethnicité abordée par Pascal Combemale dans le n° 280 de mai dernier.
(…) La notion d'ethnicité possède une histoire des plus confuses et son usage français est parfois problématique. (…) Il ne faut pas mélanger, pour aller vite, la sociologie des banlieues, des "minorités" et des immigrés, et l'anthropologie des "ethnies" ou populations des Etats de certains pays dits "du Sud", comme ceux du continent africain ou du sous-continent indien. On ne peut aujourd'hui défendre une notion [d'ethnicité] qui n'explique pas grand-chose directement, qui est l'objet d'au moins une demi-douzaine d'interprétations et d'une histoire pluri-disciplinaire transnationale de plus d'un quart de siècle. (…)
Jean Copans, professeur émérite de sociologie, université Paris-Descartes
Cotisations chômage: le public aussi
(…) [Dans l'article "Il faut investir plus dans le social!", n° 280 de mai 2009], Jacques Delors dénonce le manque de participation à la solidarité/chômage des employeurs et salariés des fonctions publiques. Je m'étonne de ces propos: j'ai effectué la majeure partie de ma carrière dans la fonction publique hospitalière, puis dans celle d'Etat où je travaille encore, et chaque mois depuis de longues années, une ligne de mon bulletin de paie, intitulée "contribution solidarité", traduit justement la solidarité des fonctionnaires en matière de chômage vis-à-vis des salariés du secteur privé. Sur le nombre de fonctionnaires que compte le pays, cela fait chaque mois des sommes non négligeables pour l'Unedic!Joëlle Hervé
Interrogés sur ce point, Jacques Delors et Michel Dollé nous ont transmis la réponse suivante:
"Les salariés dont les employeurs ne relèvent pas de l'Unedic (Etat, collectivités territoriales, hôpitaux, etc.) versent une cotisation dite "de solidarité" à hauteur de 1% de leur salaire brut (contre 2,4% pour les salariés relevant de l'Unedic), et leurs employeurs ne versent rien. La solidarité devant le chômage consisterait à ce que tous les salariés et tous les employeurs versent une cotisation calculée de la même manière. La cotisation employeur devrait évidemment prendre en compte ce que certains organismes (Etat notamment) versent déjà, soit au titre de la solidarité (allocation de solidarité spécifique), soit à leurs anciens salariés au titre du chômage (puisque l'Etat est son propre assureur)."
EDF déjà ouvert aux étrangers
[En page 24 du n° 280 d'Alternatives Economiques], l'entreprise publique EDF est mentionnée explicitement comme étant interdite aux étrangers, alors que j'y côtoie de nombreux étrangers, y compris extra-communautaires. Après vérification, l'erreur provient de la Halde, et son communiqué a été repris par tous les journaux (…). La Halde a tiré ses conclusions sur la base d'un rapport datant de 2000 (!) et semble être passée à côté de certains changements. En effet, le statut national des industries électriques et gazières ne fait plus référence à la nationalité depuis le 5 juillet 2008. (…) Cela fait même en réalité plusieurs années (au moins depuis 2006) que des étrangers extra-communautaires sont embauchés à EDF. (…) On peut évidemment regretter que cette ouverture n'ait pas eu lieu plus tôt, mais cela est une avancée qu'il me semble bon de souligner. (…)David D.
Alternatives Economiques n° 282 - juillet 2009
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