Electricité, téléphone, assurance maladie... Pourquoi la concurrence coûte cher
Alternatives Economiques n° 227 - juillet 2004
La libéralisation n'a pas eu les résultats escomptés en Europe, car la concurrence coûte très cher.
Depuis le 1er juillet, toutes les entreprises peuvent choisir librement leur fournisseur d'électricité. En attendant 2007, quand tous les foyers auront à leur tour la même possibilité. Après le téléphone et avant le chemin de fer, la poste… Depuis l'Acte unique de 1986, la machine à libéraliser tourne à plein régime pour faire de l'Europe un "Marché unique où la concurrence est libre et non faussée". Cette priorité accordée à la concurrence gêne la lutte contre les inégalités sociales et territoriales en Europe. Au-delà, sa pertinence économique elle-même pose de plus en plus problème.
En effet, le primat de la concurrence n'a aucunement dopé la croissance. Loin de là. Et bien souvent, comme dans le cas de l'électricité, elle n'a même pas permis une baisse significative, et en tout cas durable, des prix des services concernés . Tout en engendrant des crises sectorielles graves liées au surinvestissement, comme dans le cas de la téléphonie mobile avec les licences UMTS. Ou, au contraire, du fait du sous-investissement, avec l'exemple de l'électricité en Californie, mais aussi désormais en Europe, ou encore dans le chemin de fer au Royaume-Uni. De plus, la libéralisation débouche immanquablement sur de nouvelles concentrations, avec la constitution de nouveaux oligopoles, comme dans le transport aérien.
Face à ce constat d'échec, les libéraux rabâchent que si la concurrence ne donne pas les résultats escomptés, c'est qu'on n'est pas allé encore assez loin dans cette direction. Parce que les Etats continuent à protéger leurs opérateurs historiques, parce que les règles qu'on impose aux entreprises sont encore trop strictes, etc. Des arguments qui ne sont certes pas toujours dépourvus de tout fondement, mais qui passent à côté de l'essentiel: si la concurrence n'apporte pas les bénéfices attendus, c'est d'abord parce qu'elle coûte très cher. Les cas de l'électricité, du téléphone et de l'assurance maladie le montrent.
- Electricité : une libéralisation à haut risque
- Téléphone : des baisses de prix en trompe-l'oeil
- Assurance maladie : vive le monopole !
- Les failles de la concurrence
Dans pratiquement tous les pays européens où le marché de l'électricité a été libéralisé, les prix sont en hausse.
La baisse des prix des communications est compensée par la hausse de l'abonnement et neutralisée par des politiques tarifaires opaques.
Les frais de gestion de l'assurance maladie sont beaucoup plus élevés chez un assureur privé qu'à la Sécu.
Frais commerciaux élevés, instabilité des prix, sur ou sous-investissement, concentrations…, la concurrence a beaucoup de défauts.
Alternatives Economiques n° 227 - juillet 2004
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