Dossier La politique économique de Nicolas Sarkozy

Heures sup' : qui va y gagner ?


Hugues Bertrand, directeur d'Alpha Etudes, Antoine Rémond
Alternatives Economiques n° 261 - septembre 2007
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Travailler plus ?

Le slogan central du candidat Sarkozy, "Travailler plus pour gagner plus", était malin. Il l'a incontestablement aidé à remporter l'élection. Son application est plus délicate et même dangereuse, comme l'avaient analysé de nombreux économistes, et pas seulement à gauche: multiplication des effets d'aubaine avec des heures supplémentaires fictives, substitution défavorable à l'embauche… Passée l'ivresse de la victoire, il fallait respecter l'engagement présidentiel tout en limitant les risques. Il faut le reconnaître: les arbitrages retenus pour la loi adoptée cet été devraient permettre d'y parvenir.

La réduction des cotisations patronales sera de 0,50 euro par heure supplémentaire dans les entreprises de plus de 20 salariés et de 1,50 euro dans celles de moins de 20, pour compenser dans ces dernières le relèvement de la majoration des heures supplémentaires de 10% à 25% par rapport aux heures normales. De ce fait, le coût d'une heure supplémentaire augmentera très légèrement dans les entreprises de moins de 20 salariés et diminuera un peu dans celles de plus de 20 salariés. Les entreprises n'auront donc qu'une incitation limitée à développer les heures supplémentaires.

Subsistent néanmoins d'importants avantages fiscaux et sociaux pour les salariés, du fait des exonérations sociales sur les heures supplémentaires et de la défiscalisation des revenus correspondants. Mais, hormis dans certaines activités qui connaissent des difficultés de recrutement, ce ne sont pas tant les salariés que les employeurs qui décident d'avoir ou non recours aux heures supplémentaires. Une augmentation générale et massive du nombre d'heures supplémentaires semble donc peu probable.

En revanche, les salariés effectuant déjà des heures supplémentaires bénéficieront bien d'un gain de pouvoir d'achat significatif. Celui-ci viendra probablement renforcer leur demande. Mais la compétitivité-coût des entreprises n'en sera pas améliorée. Et ce gain de pouvoir d'achat aura pour contrepartie une addition salée pour les finances publiques: 6 milliards d'euros au minimum. Si les pouvoirs publics devaient trouver d'autres ressources fiscales et sociales pour combler ce trou, cela se ferait forcément au détriment des contribuables et de leur demande. En particulier au détriment des salariés qui, travaillant toujours autant, n'effectuent pas d'heures supplémentaires déclarées…


Hugues Bertrand, directeur d'Alpha Etudes, Antoine Rémond
Alternatives Economiques n° 261 - septembre 2007
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