Dossier Repères pour la prévention

Les collectifs de travail

François Desriaux | Dossier Web n° 067 - juin 2008

L'isolement des individus dans le travail est générateur de souffrance. A ce titre, la présence de collectifs de travail dans les entreprises est essentielle face aux TMS. Un collectif de travail réunit des individus appartenant à une communauté d'intérêt, adoptant des règles de travail communes et mettant en place des régulations collectives de l'activité. De ce fait, le collectif de travail joue un rôle important d'intégration dans le travail. Il aide les individus à se repérer dans une organisation, à y trouver une place, à gérer plus collectivement leur santé.

Souvent ignorés par les entreprises, les collectifs de travail sont de plus en plus menacés. Avec les restructurations industrielles, ils tendent à se réduire, à se fragiliser, voire à disparaître. Là où ils n'existent pas, les salariés éprouvent plus de difficulté à faire face seuls aux contraintes auxquelles ils sont confrontés.

Ce qu'il faut savoir
Les collectifs permettent de préserver la santé

- Au sein d'un collectif de travail, les salariés peuvent partager et construire des stratégies défensives face à ce qui fait souffrir au travail. Privés de collectif, les salariés sont isolés. Ils n'ont plus de repères ni de moyens d'échanger face à leur souffrance au travail. La maladie peut devenir pour eux la seule forme d'expression. Et certains déclenchent des TMS.

- Les collectifs de travail, en tant que communautés de valeurs, donnent du sens au travail. Lorsqu'ils sont faibles, ces valeurs le sont aussi. Les salariés peuvent perdre le sens du travail, ce qui les fragilise par rapport à la souffrance.

- Les collectifs de travail permettent le développement de savoir-faire de prudence face aux risques. Lorsqu'ils n'existent pas, les salariés acquièrent moins facilement ces gestes qui protègent. Ils sont plus exposés et donc plus susceptibles de déclencher des TMS.

Les collectifs de travail sont source d'efficacité

- Au sein d'un collectif de travail, les salariés vont pouvoir plus aisément répartir la charge de travail. Par exemple, les salariés âgés se reposeront un peu plus sur les jeunes pour les tâches pénibles. En échange, ils les feront bénéficier de leur expérience.

- Un collectif de travail permet le développement de compétences collectives. En donnant plus de marges de manoeuvre aux salariés, il leur permet de mieux faire face aux incidents, aux imprévus.

- Cadre de références partagées, un collectif de travail peut faciliter la prise de décision chez les salariés, notamment dans les activités où l'autonomie de décision est impor tante.

Les collectifs de travail participent au processus de reconnaissance

- Tout salarié attend une reconnaissance de son investissement au travail.

- Dans le cadre du collectif, il peut confronter la qualité de son travail au jugement de ses collègues, ses pairs.

- Le collectif, en prise constante avec les contraintes du travail, est aussi en mesure de reconnaître la difficulté et l'efficacité du travail réalisé par chacun, son utilité.

Mais les collectifs ne sont pas reconnus par l'entreprise

- Très souvent, les directions d'entreprise ne prennent en compte que les compétences individuelles des personnes. Elles ignorent les régulations de l'activité mises en place par les collectifs de travail.

- L'existence des collectifs dépend des marges de manoeuvre laissées aux opérateurs pour s'organiser ou pour échanger. Or les entreprises édictent des règles de travail qui, la plupart du temps, restreignent ces marges de manoeuvre, brisant ainsi les collectifs ou empêchant leur bon fonctionnement.

- Les consignes de sécurité qu'elles imposent ne cadrent pas souvent avec celles adoptées collectivement. De ce fait, elles remettent en cause des savoir-faire qui protègent les salariés.

Comment agir
Autant que possible, la prévention des TMS doit s'appuyer sur un renforcement de la dimension collective du travail. Pour cela, il faut:

- développer toutes formes collectives de travail dans l'entreprise. Identifier toutes les situations de travail fragilisées par l'absence d'un collectif, de coopérations, d'entraide entre les personnes…;

- libérer du temps pour l'apprentissage des règles collectives, des savoir-faire de prudence et de protection;

- adapter ce temps en fonction de certaines situations: changements fréquents de poste (polyvalence), arrivée provisoire de nouveaux salariés (intérimaires, etc.)…;

- vérifier que les consignes de travail sont cohérentes avec l'activité des opérateurs et qu'elles ne les empêchent pas de se protéger, individuellement ou collectivement;

- développer l'information et le débat autour des risques du travail, des maladies professionnelles, afin que les salariés ne vivent plus leur souffrance dans l'isolement.

François Desriaux | Dossier Web n° 067 - juin 2008

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