Pays-de-la-Loire : première cartographie des risques de TMS
Yves Roquelaure, Epidémiologiste et chercheur au département santé-travail de l'InVS et praticien hospitalier au CHU d'Angers., Ellen Imbernon
Dossier Web n° 066 - mai 2008
Créé à l'initiative de l'InVS, le réseau de surveillance épidémiologique des TMS mis en place dans la région Pays-de-la-Loire a pu identifier les secteurs d'activité et professions les plus à risque. En résumé, les salariés vieillissants, notamment dans l'industrie, l'agriculture ou l'administration et sur les emplois les moins qualifiés, sont les plus atteints ou susceptibles de l'être. De quoi fixer des priorités en matière de prévention.
Quels sont les secteurs d'activité et professions les plus touchés par les troubles musculo-squelettiques (TMS)? Com ment se répartit l'exposition aux facteurs de risque selon l'âge et le sexe? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles un réseau de surveillance épidémiologique vient d'apporter des éléments de ré ponse. Mis en place dans les entreprises de la région Pays-de-la-Loire (1), à l'instigation de l'Institut de veille sanitaire (InVS), ce réseau a pu "cartographier" l'exposition aux TMS des membres supérieurs. Une pre mière en France.
Une enquête menée en 2002 auprès de 1495 salariés par 68 mé decins du travail a déjà permis de dresser un état des lieux sur la prévalence des TMS. Un nombre important de salariés (un sur deux) ont témoigné de douleurs ou de symptômes musculo-squelettiques (MS) ressentis au cours des douze mois précédents. Une grande proportion de ces symptômes a été confirmée par un examen médical, puisqu'un TMS caractérisé a été diagnostiqué chez 13% d'entre eux par les médecins du travail. Cette proportion est doublée (26%) chez les salariés de 50 ans et plus. Soit plus d'un salarié sur quatre. Compte tenu de ces résultats, le réseau s'est attaché à mieux cerner la fréquence des TMS selon le secteur d'activité ou la profession. Résultat: l'industrie, notamment celle des biens intermé diaires, celle des biens de consom mation et l'agro alimentaire, et l'administration sont les secteurs d'activité les plus touchés par les TMS. Du point de vue des catégories socioprofessionnelles, les ouvriers non qualifiés de type industriel sont les salariés les plus atteints, devant les manutentionnaires, les personnels de services directs aux particuliers et les ouvriers agricoles.
Les plus jeunes plus exposés
Le réseau a également précisé la répartition et l'ampleur des expositions, selon le sexe, l'âge et le secteur professionnel. En moyenne, les salariés de la région sont exposés à cinq facteurs de risque de TMS des membres supérieurs, alors que la prévalence des TMS augmente avec le nombre de facteurs de risque au poste de travail. Dans la majorité des cas diagnostiqués (57%), il existe une exposition élevée aux facteurs de risque professionnels, sans facteur de susceptibilité individuelle. Si l'on distingue la loca li sation du TMS - nuque, épaule, coude, poignet -, presque un salarié sur deux est exposé à au moins deux facteurs de risque (voir figure page 36) pour chaque type de TMS. Cependant des nuances existent entre hommes et femmes. Celles-ci sont plus exposées aux facteurs de risque de TMS de la nuque, alors que les hommes le sont pour les TMS du coude et du poignet. Si l'on prend l'âge comme critère discriminant, l'exposition est plus souvent élevée chez les salariés de moins de 30 ans (66%) que chez les autres (56%). Mais elle reste aussi élevée après 50 ans qu'entre 30 et 49 ans chez les hommes, alors que le risque de TMS augmente avec l'âge.
Une approche globale de la prévention
L'exposition au risque de TMS est plus élevée dans les secteurs de l'agri culture, de l'industrie des biens de consommation et de l'industrie des biens intermédiaires (voir fi gure ci-dessus). Au contraire, elle est plus faible dans les activités financières et immobilières, l'administration, l'éducation et la santé. L'intensité de l'exposition varie considérablement en fonction des professions. D'une manière géné rale, l'intensité de l'exposition est inversement proportionnelle au degré de qualification de la profession. Ainsi, l'exposition à au moins deux facteurs de risque de TMS est particulièrement fréquente pour les catégories ouvrières et, à un moindre degré, les employés, alors qu'elle est plus rare dans les professions intermédiaires et, a fortiori, chez les cadres. La précarité joue également un rôle, car l'exposition au risque est nettement plus importante chez les intérimaires que pour les autres salariés.
En conclusion, les travaux du réseau des Pays-de-la-Loire ont démontré que les médecins du travail sont capables de travailler en réseau et d'assurer des missions de surveillance épidémiologique. Ces travaux ont également, et surtout, permis de dresser plusieurs constats sus ceptibles d'orien ter les mesures de prévention. Ainsi, les TMS affectent des salariés de tout âge, mais pré dominent après 40 ans et surtout après 50 ans, alors que l'exposition aux contraintes musculo-squelettiques n'est pas moindre à ces âges. Ce résultat suggère d'améliorer prioritairement les conditions de travail des salariés les plus âgés, afin d'assurer leur maintien dans l'emploi. Les secteurs d'activité les plus touchés et à traiter en priorité sont les secteurs industriels, notamment les industries de biens intermédiaires, automobiles, agroalimentaires, de biens de consommation et de biens d'équipement, ainsi que l'agriculture et l'administration. Dans ces secteurs, les actions de prévention doivent concerner en premier lieu les professions peu qualifiées: ouvriers agricoles, ouvriers non qualifiés de l'industrie, manutentionnaires, personnels des services directs aux particuliers… Enfin, l'ensemble des salariés est exposé à un cumul de contraintes, non seulement biomécaniques mais aussi psychosociales et organisationnelles. Cela suggère une approche globale de la prévention des TMS dans les entreprises, conformément aux préconisations de l'Anact, et donc une forte mobilisation de l'ensemble des acteurs de la prévention des risques professionnels (entreprises, partenaires sociaux, pouvoirs publics).
(1) Voir Santé et Travail, n° 45, page 55.
Yves Roquelaure, Epidémiologiste et chercheur au département santé-travail de l'InVS et praticien hospitalier au CHU d'Angers., Ellen Imbernon
Dossier Web n° 066 - mai 2008
Notes
(1) Voir Santé et Travail, n° 45, page 55.
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