Dossier La politique économique de Nicolas Sarkozy

Plan de relance : une correction utile mais pas un « New deal »


Guillaume Duval
Article Web - 04 décembre 2008

Le conseil des ministres doit adopter, vendredi 19 décembre, les mesures prévues dans le plan de relance présenté par Nicolas Sarkozy. Ce plan corrige la mauvaise politique budgétaire menée jusqu’ici par le gouvernement. Mais il n’a rien d’extraordinaire : les 26 milliards d’euros annoncés représentent 0,7% du PIB par an, à comparer avec les 2,5% du plan de relance américain.

par Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Economiques

Nicolas Sarkozy a solennellement présenté le 4 décembre son plan de relance de l'économie française à Douai, ville symbole des difficultés actuelles de la branche automobile (voir ici). Un plan que le Président a voulu « ambitieux, audacieux et imaginatif ». Malgré les superlatifs qui ont entouré sa sortie, ce plan reste en réalité d'une ampleur limitée, notamment quand on le compare aux mesures déjà mises en œuvre aux Etats-Unis ou préparées pour 2009 par Barack Obama. Il vient toutefois corriger, et c'était plus que nécessaire, la politique budgétaire restrictive que constituaient les budgets 2009 de l'Etat et de la Sécurité sociale tels qu'ils ont été présentés et discutés au Parlement.

Depuis deux mois, nous vivions en effet une situation surréaliste. Lors de son discours de Toulon, le 25 septembre dernier, Nicolas Sarkozy avait - à juste titre - souligné l'ampleur de la crise financière et de ses conséquences prévisibles sur l'économie réelle : « dire la vérité aux Français, c'est leur dire que la crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d'achat », rappelait-il. Pourtant, le lendemain même de ce discours, le gouvernement présentait un budget de rigueur pour 2009, avec des dépenses publiques en baisse, une fois l'inflation déduite, et même des budgets de l'emploi et du logement en baisse tout court, en valeur nominale. Et dans le même temps, ce budget prévoyait la hausse de différents prélèvements. Même chose quelques jours plus tard pour le budget de la Sécurité sociale.

Durant l'été, le Premier ministre François Fillon avait rejeté de façon catégorique la perspective d'un plan de relance bien que l'économie française ait déjà connu une croissance négative au second trimestre 2008. La priorité restait de limiter les déficits publics afin de corriger les dérapages causés par le paquet fiscal de 2007. Et le paquebot budgétaire conçu à ce moment-là continuait sur sa lancée. Au fil des semaines, cette politique de rigueur devenait d'autant plus surréaliste que parallèlement des sommes énormes étaient affichées pour venir en aide au secteur bancaire.

Le plan annoncé par Nicolas Sarkozy corrige donc enfin de façon significative la mauvaise trajectoire budgétaire sur laquelle la France était engagée. Les 26 milliards d'euros sur deux ans revendiqués officiellement pour ce plan n'ont cependant rien d'extraordinaire : ils représentent une dépense supplémentaire de 0,7 % du PIB sur chacune de ces deux années. De plus, comme toujours, quand on en connaîtra le détail de façon précise, on se rendra compte que ce volume affiché inclut nombre de mesures d'ores et déjà engagées ou prévues. A titre de comparaison, les pouvoirs publics des Etats-Unis ont investi cette année 2,5 % du PIB pour soutenir l'activité, et Barack Obama prépare pour 2009 des mesures encore plus ambitieuses…

Parallèlement, les mesures à portée sociale, de nature à soulager les Français qui sont le plus en difficulté, et qui auraient donc elles un effet immédiat sur la conjoncture, restent très limitées : au lieu par exemple d'augmenter le niveau des minima sociaux, qui ont perdu ces dernières années beaucoup de pouvoir d'achat, le gouvernement se contentera de verser une prime unique de 200 euros aux titulaires de minima sociaux (soit 760 millions d'euros, 3 % du total du plan de relance…). Et rien n'est prévu non plus pour la prise en charge par l'Etat des indemnités de chômage supplémentaire suscitées par la crise, voir en vue d'une extension de cette indemnisation qui ne couvre actuellement que la moitié des chômeurs. Une situation qui pénalise en particulier les jeunes entrant sur le marché du travail, qui n'ont pas droit au RMI, alors qu'ils sont les premières victimes du ralentissement économique.

De même, les mesures annoncées en matière d'aide à la création d'emplois ne vont guère dans le sens d'améliorer la qualité desdits emplois puisqu'elles consistent à renforcer, une fois de plus, les exonérations de charges à proximité du Smic, responsables de la « trappe à bas salaire » qui bloque de plus en plus de salariés au bas de l'échelle des rémunérations. De plus, elles sont réservées, une fois de plus là aussi, aux toutes petites entreprises de moins de dix salariés, alors qu'on sait que ce dont l'économie française manque, ce sont surtout des entreprises de taille plus importante, capables d'innover et d'exporter.

Bref, si ce plan infléchit utilement la politique budgétaire restrictive engagée jusque-là, on reste très loin d'un new deal à la française. L'annonce en solo de ce plan marque également l'échec d'une politique européenne concertée de soutien à l'économie réelle. Contrairement à ce qui s'était passé pour les banques, le volontarisme du chef de l'Etat n'a pas réussi cette fois à entraîner l'ensemble de l'Union. Il faut dire qu'après le cavalier seul du paquet fiscal en 2007, le soupçon de laxisme populiste en matière budgétaire était très fort chez nos voisins à l'égard de Nicolas Sarkozy. Le refus du gouvernement d'Angela Merkel d'agir pour relancer de façon significative la demande intérieure outre-Rhin risque toutefois de limiter encore plus les effets du plan français.


Guillaume Duval
Article Web - 04 décembre 2008
 Commentaires
Taoufik Sbaouelji, le 06/12/2008 à 10:07
bonjour
moi j'ai suivi les à la télé les mesures entreprises par le chef de l'etat francais en vue de relancer l'economie ,et mon avis ces mesures son necessaires mais pas suffisantes
 Commenter cet article
J'ai déjà un compte, je m'identifie :

Mot de passe oublié?

Je n'ai pas de compte, je m'inscris :

http://www.sante-et-travail.com/pics_bdd/article_visuel/1228399861_DUVAL.jpg
Votre email :
Les trois derniers numéros



Votre email :

Je m'abonne et je commande



Offres d’emploi
    > Voir toutes les offres

    <a href="page.php?rub=99"><img src="pics/fr/mes-achats.gif" alt="Mes achats">

    Santé & Travail : Contacts | Qui sommes-nous ? | Informations légales | Signaler un contenu illicite
    Abonnements : 12 rue du Cap Vert 21800 Quetigny - Tel 03 80 48 10 25 - Fax 03 80 48 10 34 - abonnements@sante-et-travail.fr
    Rédaction - Santé & Travail : Service information de la Mutualité française - 255, rue de Vaugirard - 75719 Paris Cedex 15
    01 40 43 33 70 - contact@sante-et-travail.fr
    Santé et Travail/Articles/plan de relance de Nicolas Sarkozy ( n°005 )